“La Main Blanche”, la nouvelle saga de TF1
Après le succès de “Dolmen”, TF1 a réussi à réunir les deux acteurs vedettes pour une nouvelle saga que RTL TVI s'apprête à diffuser avant la chaîne française... Dennis Berry, réalisateur, nous en dit un peu plus...
Au c½ur des marais salants de Guérande, une main momifiée est retrouvée. Franck Merc½ur, capitaine au SRPJ de Saint-Nazaire, est chargé de l'enquête, aussitôt rejoint par Marion Ravel, anthropologue judiciaire venue de Paris. Les analyses révèlent que cette main date de plus d'un siècle. Une série de disparitions suivent cette découverte macabre. Etrangement, elles semblent faire écho à d'autres faits survenus dans la région en 1917...
Qu'est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?
J'ai eu envie de participer à ce film dès l'instant où j'ai entendu parler de l'histoire d'une main coupée, retrouvée dans un amas de sel. Pour un réalisateur, c'est une image très forte. Ensuite, la lecture du scénario m'a plongé dans une sorte de mémoire du monde français que j'ai apprécié. L'univers de Guérande, les histoires du passé qui ressurgissent, la tradition millénaire des paludiers récoltant le sel... tous ces éléments s'inscrivaient dans une région marquée par un fort enracinement culturel. Enfin, j'ai trouvé l'histoire d'amour entre les deux héros très intense. J'ai aimé qu'elle n'intervienne pas en premier plan mais, au contraire, de manière sous-jacente.
Sur quels points vous êtes-vous concentré ?
Justement sur la façon dont j'allais mettre en scène l'attirance «électrique» entre deux êtres alors qu'ils n'osent pas se l'avouer. Par ailleurs, dans ce genre de projet, il est intéressant de trouver des variations de rythme, ce que j'appelle la musique d'un film. J'aime les mises en scène mouvementées, avec une caméra à la fois active et actrice, qui participe presque à la vie des personnages. Mais une structure en quatre épisodes de cinquante-deux minutes présente des points de rupture auxquels il faut être attentif. La main blanche est une série noire, avec une montée en puissance du suspense. Le scénario est méticuleusement écrit ainsi. Or, pour conserver son intensité, il ne faut pas rester constamment dans un univers sombre mais alterner avec des moments de repos plus lyriques. J'ai donc choisi d'insister sur la beauté lumineuse d'une région - et d'une femme ! -. La luminosité s'oppose aux moments noirs qui deviennent, ainsi, des coups de théâtre.
Pensez-vous que votre culture en partie américaine modifie votre manière de travailler ?
C'est difficile à dire. Les Américains ont effectivement une méthode de travail différente de celle des Français. Mais ce n'est pas en tournant des séries aux Etats-Unis ou au Canada que j'ai façonné ma manière de filmer. En revanche, j'ai beaucoup appris dans ma jeunesse, en observant travailler des réalisateurs comme Vincente Minnelli. J'ai en tout cas cherché à construire La main blanche en révélant une esthétique très inscrite dans une région par opposition à une Amérique où les codes sont tous devenus semblables.
Comment êtes-vous parvenu à retranscrire l'univers de Guérande et de sa région ?
Certainement à cause de ma nationalité américaine, j'ai très rapidement pris conscience de la spécificité de cette ville. Guérande est entourée de remparts. Je voulais amplifier son côté mystérieux, donner l'impression qu'elle renfermait des secrets et des drames familiaux chargés du poids du passé. Dans les marais salants, j'ai filmé d'un endroit où l'on peut apercevoir Guérande, mais aussi le port du Croisic, de telle sorte que tout le monde surveille le lieu du crime et s'observe mutuellement. Parallèlement, j'ai voulu montrer une esthétique sauvage avec des paysages qui semblent presque abandonnés du monde. Le port, lieu vivant et rude, donne l'impression de lutter avec les éléments naturels et la sauvagerie des côtes bretonnes.
Une volonté mise en lumière par de nombreuses prises de vue en hélicoptère...
Oui, mais je ne voulais pas faire un reportage sur Guérande avec de simples prises de vue géographiques ! Nous avons constamment intégré des éléments de l'histoire dans les images que nous avons filmées. Installé dans l'hélicoptère, aux commandes d'une caméra directionnelle permettant des cadrages précis, je donnais des instructions à l'équipe au sol munie de talkies-walkies. Cet exercice nécessitait de ma part beaucoup de concentration et une grande coordination avec tous.
Ingrid Chauvin et Bruno Madinier se connaissent bien. Cela a-t-il facilité votre travail ?
Cette complicité entre acteurs peut aboutir au pire comme au meilleur. En l'occurrence, leur entente a énormément facilité mon travail. Dès qu'ils étaient ensemble, une sorte d'alchimie se dégageait, indépendamment de la mise en scène et du scénario. Par ailleurs, un lien affectif s'est créé entre nous. Après les journées de tournage, nous nous retrouvions régulièrement pour réfléchir à la suite de l'histoire. Ils ont constamment apporté des idées et nourri leur personnage afin de le rendre le plus naturel possible.
Votre expérience d'acteur change-t-elle votre approche des comédiens ?
J'ai toujours voulu être acteur pour mieux les comprendre. J'ai joué dans une petite vingtaine de films et fait un peu de théâtre, sans jamais me considérer comme un grand acteur. J'étais très heureux de passer derrière la caméra pour filmer et admirer ces professionnels que j'adore ! Souvent, le public ne se rend pas compte de la difficulté qu'il y a à jouer. Un comédien peut être ridicule, très mauvais ou déraper alors que tous les regards sont braqués sur lui. Prendre conscience de cette mise à nu obligatoire engendre forcément le respect de leur travail. Aux Etats-Unis, j'ai appris de nombreuses techniques auprès de grands maîtres du jeu comme Stella Adler ou Lee Strasberg. Mais je ne crois pas vraiment en la direction d'acteur. Je reste persuadé que si le personnage est bien construit, il faut laisser un espace suffisamment large aux comédiens pour qu'ils trouvent leur propre vérité.